Un jour comme celui-là
Par Laure Lie, jeudi 11 février 2010 à 19:21 :: Pensée du jour :: #54 :: rss
C’était un jour comme ça, comme celui-là, un jour neigeux et cotonneux.
Le semblant de douceur amassée en couche déjà épaisse sur le relief, arrondissant les angles à l’infini, n’en était pas moins qu’une pluie à demi gelée, à vous glacer le cœur et le sang.
A la mi-journée, des rayons avaient réussi à percer l’arrière-fond de brume pour quelques minutes. Elles ne l’avaient pas loupé. Le scintillement, l’éblouissement immaculé avaient été un véritable enchantement.
Un simple trompe-l’œil en réalité, se disait-il, depuis que la blancheur avait viré au gris.
Parce qu’il aurait pu faire un soleil à dorer les blés, le ciel aurait pu étaler son bleu azur et prometteur, qui vous met d’emblée d’humeur anticyclonale. Cela n’aurait rien changé.
C’était un jour comme celui-là, prometteur.
Aurait-il préféré que ce fut un jour de tonnerre rageur suivi d’averse drue, pour pouvoir hurler avec l’un puis pleurer avec l’autre ? Puis recommencer chaque jour d’orage et de pluie ?
Les cieux en avaient décidé autrement. Quand ils dispensaient leurs bienfaits au monde, le rire aux enfants, les baisers aux femmes, la force aux hommes, lui se sentait le seul à rester dans l’ombre d’un opaque brouillard. Plus rien n’avait de transparence, pas même l’air.
Parce que c’était un jour comme celui-là, radieux entre tous, distribuant largesses flamboyantes ou laiteuses, le temps d’un éclat de soleil, un de ceux que l’on prend dans l’œil, qu’elle avait disparu. Comme ça. Pour un autre peut-être, pour une autre vie c’est sûr.
Il n’avait rien vu venir.
Elle avait été feu d’artifice, nuée d’étoiles, perle de lune. En partant, elle l’avait terrassé.
Depuis, il vomissait le goût amer, calciné et congelé des jours comme celui-là.

Blanc, JEUFROY Bernard
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment.
Ajouter un commentaire