Synopsis (3)
Par Laure Lie, lundi 2 novembre 2009 à 14:42 :: Grain d'histoire :: #39 :: rss
CHAPITRE IV
Le bouchon de champagne saute en un claquement sec et sonore.
Le liquide pétillant dans sa transparence toute dorée se déverse dans les deux flûtes, résonnant de son murmure froissé si singulièrement identifiable.
La mousse se rétracte sur le rebord du verre finement ciselé à mesure que le bruissement est absorbé par les bulles. Elles remontent maintenant à la surface en éphémères éclaboussements, dans le silence quasiment sacré qui sonne le rendez-vous du travail enfin bouclé, bientôt sous presse.
Le temps s’arrête.
Levant sa flûte, Anne rompt la solennité.
« Alors, à ce nouveau roman Marine…Félicitations ma chère! »
Pour une seconde qui s’éternise en un écho, le tintement des verres qui s’entrechoquent emplit le salon d’un écho carillonnant.
Hymne à l’allégresse de retrouvailles devenues rite.
Le regard d’Anne pourtant camoufle mal une légère contrariété. Presque rien. Ses yeux cherchent quelque chose, l’invisible. Un picotement, infime éraflure, prend naissance dans sa gorge, lui pique la langue. Elle ne parvient à réprimer la question qui brûle ses lèvres.
« Tu ne m’as pas apporté le …prototype ? »
Tel un automate, Marine tourne la tête à gauche, puis à droite, en signe de négation. Anne ne pouvait pas ne pas poser la question. Elle joue la carte de la clarté dès le départ. Marine a préparé ses atouts.
« Non, pas cette fois ! Il faut bien casser les vieilles habitudes, surtout à notre âge, ou nous filons droit vers le gâtisme ! » La réponse badine a quelque chose de faux, comme un demi-ton au-dessus ou en-dessous de la vérité.
Une question, une réponse auront suffi à appesantir l’atmosphère, imperceptiblement, indéniablement, du presque rien qui change tout.
« Est-ce que je dois comprendre que quelqu’un d’autre m’a ravi le privilège ? M’a raflé ton oeuvre sous le nez ? »
A la réception de la réponse lisse que lui a renvoyée Marine, Anne ne laisse percevoir qu’une déception bougonne, de bon ton, plausible. Comme une simple surprise qui ne se rend compte de rien. Elle n’en a pas moins senti un malaise s’insinuer, là entre elles, l’air de rien, forçant l’espace pour imposer sa tension entre le fauteuil dans lequel elle vient de se raidir et le canapé où s’est confortablement enfoncée Marine, comme si ce malaise trônait là, sur la table du salon, fissurant le bois juste sous la bouteille de champagne.
Extrait de roman de Laure Lie, 2007. A suivre selon les humeurs et les périples de l'auteur... et en accès libre et en totalité sur le site des Editions Léo Scheer, rubrique M@nuscrits {Beta}
Fêlure S.René.
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment.
Ajouter un commentaire